Looking for connections

Travail en cours

Looking for connections est un voyage initiatique photographique
à la recherche de ce qui me relie aux autres et à mon environnement.
Le texte de Emanuele Coccia est le point de départ et le point d’arrivée,
la résonnance d’une naissance géméllaire et du sentiment d’appartenance à quelque chose de plus grand, le lien entre mon corps et le reste du vivant.
A travers la photographie et la trame des images je peux me connecter.
C’est le point d’ancrage physique qui permet de tisser et de coudre une
certitude entre mon existence et le reste du monde.

La gémellité n’est pas un rapport défini par une ressemblance physique ou génétique. Elle est le rapport qu’entretiennent deux ou plusieurs êtres qui ont partagé la naissance – même moment, même ventre, même mère. Elles et ils peuvent être génétiquement différents (les jumelles ou les jumeaux hétérozygotes), elles ou ils peuvent ne pas se ressembler du tout. Mais du moment qu’elles ou ils partagent un ventre et qu’elles ou ils viennent au monde, du moment qu’elles ou ils coÏncident dans et par leur naissance, leur existence sera marquée par un partage plus profond que celui d’une forme ou d’une identité. Regarder tous les êtres comme des êtres naturels – signifie les considérer en tant que jumelles et jumeaux cosmiques.
Dans la gémellité la relation horizontale qui relie les jumelles ou les jumeaux transcende la médiation des parents : elle est beaucoup intense que le simple fait d’avoir les mêmes parents. Cette intensité dérive de l’évidence que malgré toutes les différences physiques, matérielles et formelles, la continuité de deux corps est telle que toute affirmation du moi est contemporaine d’une identification avec l’autre : chacun ou chacune aurait pu se retrouver dans le corps de l’autre.
Loin d’être un fait paradoxal et rare, la naissance gémellaire est le paradigme même de la naissance, à l’échelle planétaire. Tous les vivants ont une seul et même mère, GaÏa, qu’ils partagent avec des millions d’autres êtres.
Non seulement tous les êtres d’une même espèce sont des jumeaux, mais toutes les espèces sont jumelles : humains, fourmis, chênes, cyanobactéries, virus ne sont que des jumeaux hétérozygotes qui ne cessent de dupliquer la réalité du monde dont ils sont le coprs et l’esprit.

Emanuele Coccia, Métamorphoses,
Bibiothèque Rivages, P37-38

 

En face de ma porte, il y a la chambre de mon frère jumeau.
Cet autre un peu différent qui me ressemble.
Lorsqu’il se blesse, je tombe dans les pommes.
Lorsqu’il se fait mal, j’ai mal.

Je grandis
et je me rends compte
que rester deux
n’a jamais été une possibilité.

Personne ne m’a préparé au choc de la solitude.

Pour retrouver mon monde,
j’ai cherché à disparaître,
à fondre dans les corps,
dans le décor,
dans un corps.
Souvent je me suis retrouvée à côté,
avec quelques fils mal accrochés.

 

Je suis un animal blessé allongé sur le sol,
un arbre seul entouré de béton,
qui construit des racines.

 

Loin des immeubles gris et du bruit des autres,
j’existe sans vouloir être plus.
Je sens intuitivement que je fais partie de ce tout,
je vois les esprits qui se promènent,
la bienveillance de l’herbe qui protège mes pieds nus,
l’électricité qui me traverse lorsque je suis fatiguée.